Attentat verbal

Le principe est clair: lâcher des textes là où et quand tu t’y attends pas
Claquer des mots un peu partout et que ça pète comme un attentat
Dans des salles ou en plein air, laisser des traces, faire des ravages

On prend la parole à l’apéro et on la prend au dessert
Mais si les plus sceptiques nous disent « mais à quoi ça sert? »
À pas grand chose c’est vrai, j’avoue, si ce n’est à partager
Des bons mots, des bons moments et des lyrics enragés
Maintenant tu sais qui c’est, ces mecs chelous qui viennent pour raconter leur vie
C’est elle, c’est lui, c’est moi, c’est nous, on vient même si t’as pas envie
Mais si t’écoutes un tout petit bout, p’t-être bien que t’en sortiras ravi
Et ça c’est important pour nous, c’est grâce à ça qu’on se sent en vie

Grand Corps Malade

 

Vivre par les mots, combattre le mal par les mots c’est le credo des slammeurs, les adeptes de ces poésies urbaines et sociales qui ont vu le jour aux États-Unis dans les années 1980 et ont gagné l’Europe. Les textes sont plus ou moins courts, récités a capella devant un public où chacun peut s’exprimer à son tour. Pas besoin d’avoir un statut d’artiste, il suffit de prendre la parole et d’avoir le « flot ». Le slam parle des vies: c’est sa force.

La douleur sociale s’exprime et se raconte, la banlieue est mise en mots, la colère et la galère sont des sources créatives, Saint-Denis et le RER D se transforment en refrain. Depuis Renaud, la banlieue n’est jamais édulcorée, elle reste ce qu’elle est: un monde ambivalent, rejeté tout en étant attachant parce que c’est là que l’on vit, qu’on aime, qu’on désespère et que l’on crée.

extrait du « traité de tous les noms » Pierre-Louis Desprez & Ivan Gavriloff (Descartes & Cie, 2007)