La levée de fonds record de BlaBlaCar annoncée jeudi 17 septembre propulse la start-up française vers une valorisation dépassant le milliard de dollars. Elle devient ainsi une « licorne » : ces start-up technologiques dont les clés du succès répondent à de nombreux facteurs.

« Jamais BlaBlaCar n’avait levé autant d’argent. La start-up de covoiturage a annoncé jeudi 17 septembre une quatrième levée de fonds record de 200 millions de dollars – 177 millions d’euros – auprès d’investisseurs étrangers, majoritairement Américains. Le but pour la start-up, née du site covoiturage.fr en 2006, accélérer son développement à l’internationale pour capter le plus vite possible un marché en pleine croissance.

Cette levée de fonds permet aussi à l’entreprise cofondée et dirigée par Frédéric Mazella, de rejoindre un club très fermé, celui des « licornes » : 134 start-up non cotées dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Avec ses 1,6 milliard de dollars – 1,4 milliard d’euros – le site de covoiturage français rejoint Uber, qui occupe la première place à 51 milliards de dollars de valorisation , AirBnB, Xiaomi, Space X ou encore SnapChat. Notre première « licorne » tricolore répond, comme ses homologues étrangers, à un certain nombre de dénominateurs communs, une sorte de recette du succès pour entreprise de la nouvelle économie.

« Le point commun de ces entreprises c’est que l’on peut déployer leur modèle pour un coût marginal, partout dans le monde et quasiment en même temps » explique Olivier Younès, professeur affilié à HEC et fondateur d’EXPEN. Cette logique d’économie d’échelle, rendue possible grâce à l’abandon de contingence matériel, est au cœur du succès des licornes. « AirBnB est devenue la première chaine hôtelière sans chambres en propre, Uber est un leader du transport de personnes sans posséder aucun véhicule. La puissance du modèle scalable, c’est la possibilité de copier/coller le même raisonnement, les mêmes fonctions et de monétiser sur d’autres marchés » analyse Olivier Younès.

La deuxième caractéristique de ces licornes tient dans la plateforme technologique. « Et cela ne veut pas dire uniquement être sur présent sur web ou sur du mobile » prévient Olivier Vialle, associé chez PwC, en charge du PwC Accelerator qui accompagne des start-up technologiques dans leur développement. « Il s’agit plus globalement d’une plateforme qui va créer une rupture technologique », à l’image des algorithmes et autres procédés de notation et de classement de l’information qui est, pour ces entreprises, un véritable secret industriel.

Et Olivier Vialle de poursuivre, « l’autre caractéristique de ces licornes, c’est la capacité de créer autour d’un nom, une compréhension du produit. Quand on explique que l’on est parti en vacances « en prenant un AirBnB », on n’a pas besoin de dire ce que l’on va faire. La marque est associée à un usage ».

Pour Pierre-Louis Desprez, président de l’agence BEC Institute et expert en innovation collaborative estime lui que « ces licornes détruisent l’asymétrie de l’information. Les deux parties-prenantes connaissent les informations de l’autre. C’est le cas par exemple chez Uber ou BlaBlaCar. C’est une rupture totale au monde industriel que l’on connait aujourd’hui fait essentiellement d’opacité. Ces licornes tuent le branding traditionnel » analyse-t-il.

Enfin, ces entreprises ont aussi évolué dans un terreau favorable. « C’est une condition qui s’applique à la fois sur le financement mais aussi sur l‘expérience » explique Paul-François Fournier, directeur Innovation chez BPI France. « Quand on regarde BlaBlaCar, on voit que l’entreprise a très vite été financée par ISAI, dont Bpifrance est partenaire. C’est un fonds dont la vison va au-delà de l’argent investi. Il y réuni beaucoup de compétences qui permettent d’accompagner les entreprises. Il y a l’argent et la manière dont vous utiliserez cet argent ».

BlaBlaCar première licorne française et certainement pas la dernière. Pour le dirigeant de la banque publique d’investissement, « il est de plus en plus courant de lever beaucoup d’argent. On réussi enfin à enclencher cette spirale vertueuse : trouver des fonds pour aller à l’international, se développer puis retrouver d’autres grands fonds étrangers, à l’image de BlaBlaCar ». Une recette du succès qui devrait aiguiser l’appetit de tous les Frédéric Mazella de la FrenchTech.

Par Julien Gagliardi, ATLANTICO, 21/09/2015

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