Uber, Google car, voiture électrique, : le marché de l’automobile est en pleine mutation et les nouveautés s’accumulent. Difficile de se représenter la voiture de demain, tant elle change notre façon de percevoir notre mobilité.

Atlantico:  Alors que les entreprises traditionnelles du marché automobile stagnent, on voit apparaître de nouveaux acteurs, tels que Tesla et sa voiture électrique, et on murmure qu’Apple débauche des techniciens automobiles. Quel pari font ces entreprises sur la voiture de demain?

Pierre-Louis Desprez : L’invention de la voiture répond au besoin fondamental de la mobilité. L’automobile s’est accaparée le principe de mobilité au XIXème siècle, et on comprend l’intérêt de ce marché d’envergure mondiale et qui est en expension au même titre que la démographie. Les nouveaux enjeux du secteur automobile vont être de proposer de la mobilité plus facile à moindre coût. Les industries automobiles traditionnelles vont avoir des difficultés à s’adapter du fait de leur poids organisationnel en termes de salariés, d’usines, et donc pour résoudre ce paradoxe, les nouveaux entrants auront beaucoup plus de force car ils arrivent vierges en terme de structure et donc peuvent se lancer dans l’innovation sans complexe.

Ces entreprises vont travailler sur plusieurs approches : tout d’abord, l’énergie hydrocarbure est abandonnée au profit des énergies nouvelles, ou électrique. Il y a beaucoup d’espoir dans la meilleure utilisation des énergies nouvelles, et cela représente un marché d’avenir énorme !

Ensuite il faut faciliter l’usage de la voiture : Google est aujourd’hui en mesure de proposer un véhicule sans conducteur qui est performant. Donc les entreprises doivent être en mesure de proposer une voiture avec un cerveau qui puisse conduire à la place du conducteur, et donc lui libérer du temps. Afin d’assurer la performance d’un tel véhicule, il faut aussi cumuler des datas, des données qui peuvent comprendre les routes,

connaître leurs moindre courbes, et le moindre dos d’âne. Et Google collectionne ces datas depuis plusieurs années. A partir du moment où les acteurs ont les datas, ils peuvent créer ces véhicules très facilement. Il y a donc une très grande rupture sur les acteurs qui vont régner sur l’industrie automobile : ceux qui viennent du monde internet ont les bons outils pour appréhender ce marché, bien plus que les entreprises historiques. Les acteurs traditionnels qui continuent de se développer sur la notion de liberté que procure la voiture, sur l’autonomie du conducteur tournent le dos à l’histoire. Ils refusent de voir que le conducteur, l’usager cherche à se simplifier la vie.

La deuxième révolution se joue dans la gestion de la mobilité en partage : les sites de covoiturage comme Blablacar ont un succès énorme, et le succès vient de la mise en réseau d’usagers. Internet encore joue un rôle très important sur la mise à disponibilité d’un même véhicule à plusieur personnes. L’organisation en réseau donne un rôle très important aux sites qui créent le lien entre l’offre et la demande, et le succès grandissant d’Uber et de Blablacar au niveau mondial révèle l’ampleur de ce marché.

Enfin, la troisième innovation peut se faire dans la mise en place de micro-niches. Par exemple, l’entreprise Localmotors en Arizona dispose d’un hangar, d’une imprimante 3D et d’un réseau de passionnés de voitures et de motos qui souhaitent concevoir eux-mêmes leur véhicule. La recherche de l’unicité est aussi un des secteur d’avenir, qui concerne tous les passionnés de la liberté, de l’attache à la voiture comme bien propre.

Quelles sont les avancées technologiques sur lesquelles travaillent ces entreprises ?

Tout d’abord il y a le défi d’une énergie moins coûteuse et plus disponible pour remplacer le pétrole. C’est ce sur quoi Tesla a beaucoup travaillé, et cette entreprise a mis ses brevets en opensource, donc elle ne ferme pas l’avancée sur cette recherche. Aujourd’hui on est capable de faire un moteur électrique donctionnant sur 1000km. C’est une certitude technologique que de pouvoir fournir une énergie qui fonctionne mieux.

Il y a aussi le combat de l’ergonomie de conduite : la voiture doit pouvoir se conduire seule et proposer une intelligence artificielle pour offrir des services en termes de connectivité.

Ensuite vient le combat de la sécurité, source de préoccupation majeure des gouvernements et des localités, et sur lequel doivent être faits des progrès.

Enfin, il faut prévoir le « easy » et le « cool », deux valeurs développées par Apple et qui sont très attractives : l’usager doit se sentir en confiance vis-à-vis d’un outil qu’il est capable de maîtriser facilement. Apple combine plaisir et facilité, et en cela, on attend la mise sur le marché d’une « iVoiture » comme une véritable révolution.

Mais surtout les constructeurs doivent aller au-delà du véhicule et utiliser les datas. Il existe d’énormes possibilités de partenariat avec les garages, les mairies qui proposeraient des datas pour pouvoir rationnaliser les fonctionnalités d’usage. Celui qui sera maître des données sera maître du secteur.

A quelle échéance ces innovations pourraient-elles faire leur apparition sur le marché ? Et à quel prix ?

Aujourd’hui la voiture proposée par Tesla est une belle voiture de sport très chère, mais elle se positionne sur le marché du luxe et ne représente donc pas les voitures proposées demain.

Celles qui vont vraiment révolutionner le marché sont celles qui seront proposées par des acteurs de l’internet et qui pourront faire baisser les prix en revendant les données des usagers. On peut imaginer qu’un conducteur de pneus investissent dans l’achat de ces données pour pouvoir mieux appréhender son client et donc il pourrait infléchier le prix des voitures à la vente. Google possède un vrai modèle économique qui va dans ce sens, et c’est pour cela qu’il sera probablement le premier à investir le marché a des prix concurentiels. Si la voiture du futur est trop chère, elle ne pourra pas prendre. Pour ce qui est de l’échéance, elle est très proche : d’ici 5 ans on pourrait voir ces modèles proposés au grand public. La course a commencé il y a longtemps et l’issue est proche.

Qui conduira demain ? Et où ?

Plusieurs types de personnes conduiront : pour commencer, ceux qui aiment conduire, mais aussi des conducteurs professionnels. Mais il faut bien voir qu’il y aura plus de passagers que de conducteurs, phénomène accentué par la voiture qui se conduit seule ! Le passage du permis de conduire ne sera plus le modèle dominant dans le monde, de même qu’il n’y a plus beaucoup d’écuyer. Si on additionne le prix du permis de conduire, du véhicule, des assurances, de l’énergie consommé, des espaces de parking, l’investissement que représente une voiture est devenu bien trop important et une grande partie de la population ne veut plus mettre autant d’argent dans un outil qui est devenu contraignant : trop d’embouteillages, pas assez de places de parking. Donc il y aura nécessairement moins de conducteurs.

C’est donc aussi un défi pour les transports en commun, de pouvoir faciliter le déplacement des masses dans des villes au tissu de plus en plus resserré. Il faut un investissement en ce sens, mais le remplacement des voiture par les transports en commun n’est pas probant : il y a des contraintes en termes de fréquence, de saturation d’espace que seule l’utilisation de la voiture permet de contourner. La voiture partagée entre 7 ou 8 individus permettrait de combiner liberté et facilité.

De même, le succès d’Uber et son implantation dans  plus de 280 villes dans le monde, ou encore la réussite de Blablacar, sous-tendent un processus d’utilisation de la voiture comme un service partageable, et non plus comme un bien propre. Comment ces deux modèles économiques sont-ils amenés à évoluer ?

Le succès de Blablacar vient de la mise en partage de voitures déjà existantes : l’entreprise n’a donc pas d’investissement matériel à faire, et il est peu probable qu’elle investisse dans l’achat de véhicule. En revanche, elle doit pouvoir continuer à proposer un service de mise en réseau toujours plus performant et toujours plus étendu afin de perdurer.

De même le développement d’Uber se fera sur son étendue en nombre, sa capacité à être disponible partout et à tout moment, réduire les délais d’attente et augmenter la sécurité des usagers.

Pour les industries traditionnelles, le vrai défi est de pouvoir se projeter dans le futur, de pouvoir imaginer, et de pouvoir s’adapter.

http://www.atlantico.fr/decryptage/voiture-reinventee-pourquoi-elle-ne-sera-plus-jamais-qu-elle-etait-ni-dans-nos-garages-ni-dans-nos-tetes-pierre-louis-desprez-2020280.html/page/0/2

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*
Website