Au début du mois se tenait le salon de l’automobile 2015 à New York et la grande star de la semaine a été sans conteste la fameuse voiture autonome. Coup de projecteur sur cette innovation qui n’en sera bientôt plus une.

Atlantico : Que se fait-il déjà en matière de voiture autonomes ?

Pierre-Louis Desprez : Pour commencer, un petit rappel sur ce qu’on entend par véhicule autonome : il s’agit d’une hybridation entre un véhicule et le big data. Il y a une rupture technologique majeure puisqu’il faut une capacité à lier l’information avec la mobilité. Historiquement, le conducteur le faisait, le cerveau faisait le lien entre l’information vue et le cerveau. Là c’est la machine qui est en train de suppléer une fonctionnalité humaine, voir, entendre, écouter etc. En terme d’innovation fondamentale, il y a donc suffisamment de données, de data  donc, pour suppléer l’humain ce qui jusque-là était un rêve de science-fiction. Les datas sont en train de libérer l’humain. Des capteurs, des systèmes interactifs au niveau du véhicule permettent de faire le lien entre le véhicule et l’extérieur. Si un enfant surgit sur la route, le capteur doit pouvoir saisir cette information et stopper la voiture.

En 2010 Google a annoncé avoir conçu un système de pilotage automatique à destination des voitures, ce qui a donné la « self driving car ». Cette voiture autonome a été homologuée en Californie aux Etats-Unis et a fait plus d’1 million de kilomètres. La première entreprise à avoir défrayé la chronique par cette innovation technologique assez incroyable est donc une entreprise d’information, Google, qui a réussi à hybrider ce que Nissan cherche à faire aussi.

On arrive là à une capacité des machines assez exceptionnelles car on va bientôt se passer de l’humain pour conduire. Libérer l’humain de la conduite, mais surtout pour lui permettre de faire autre chose. Vous installer dans une voiture et laisser faire pourrait donc vous donner la liberté de lire, de dormir etc. d’être totalement libre ! Cette révolution est au service des humains.

Certes, peut-être que demain tout le monde n’achètera pas des voitures autonomes mais des marchés professionnels seront intéressés. Imaginez le fait de faire circuler des camions dans le monde sans chauffeur 24h/24h. On est au-delà de l’innovation de progrès et au-delà de l’innovation de rupture, on est dans l’innovation révolutionnaire.

A qui doit on ces avancées en matière d’autonomie, s’agit-il des ténors du numérique avant les fabricants automobiles ?

Exactement ! C’est Google le premier. Pour pouvoir faire cela, il faut avoir des données, un acteur qui gère des satellites est indispensable afin de transporter des données en un temps record. Ce sont donc des acteurs de type numérique. Les fabricants automobiles doivent faire de la co-innovation puisque, seuls, les constructeurs ne peuvent y arriver. C’est le règne actuel de ce qu’on appelle « open innovation », c’est-à-dire avoir une créativité à 360°c avec des acteurs qui autrefois visaient de manière séparé. Google a bouleversé la donne en expliquant qu’il allait numériser le monde, il a donc pris des photos du monde, les informations sont très précises. Néanmoins il faut ensuite une capacité à réactualiser en permanence ces informations.

Le PDG de Renault-Nissan a annoncé le 3 avril le lancement au Japon d’une voiture dotée de fonctionnalités de conduite automatique dès 2016. Les acteurs de l’industrie automobile sont-ils prêts ?

Il faut souligner la réaction des grands constructeurs et je pense là à Renault-Nissan car lorsque Google a lancé son projet il a quelques années, on aurait pu penser qu’ils étaient en dehors de la course, et là ils ont compris l’enjeu et ont rebondi très vite.
Peut-être que les particuliers n’auront pas demain une voiture autonome – et encore – mais on peut imaginer que les marchés professionnels, les chauffeurs de taxis, les ambulances comprendra vite qu’il peut améliorer sa productivité. Il ne faut pas oublier non plus les applications militaires, on peut penser à des chars autonomes, sans prendre le risque ainsi de perdre des hommes.

L’innovation sur l’automobile s’explique notamment par les volumes, le nombre de voitures vendues chaque année, mais cela peut s’appliquer à tous les éléments de mobilité, du bateau à l’avion. Les rebonds extérieurs peuvent être nombreux car beaucoup d’industries surveillent le secteur automobile. Dans un système de machine, il n’y a quasiment plus le risque humain, le pilote d’un avion ne peut tuer ses passagers parce qu’il est déprimé.

L’homme ne prend-t-il pas des risques à confier autant d’autonomie à une machine ? Quelles sont les dérives possibles, et si la voiture « bugue » ?

Les peurs sont normales. Mais la machine est plus fiable que l’homme dans tous les univers. La machine va avoir une capacité à gérer des millions de situations, pas l’homme. Si un enfant traverse soudainement la route devant ma voiture alors que je roule, il s’agira d’une circonstance unique, je ne sais pas comment mes réflexes vont agir dans cette situation. Une machine peut être programmée pour un surgissement impromptu avec une réaction au millième de secondes. Quant au bug de la machine, on espère aussi que les pilotes d’avion ne bugue pas non plus. Les bugs sont partout, le risque 0 n’existe pas que ça soit pour l’humain ou la machine. La technologie est notre amie à condition de la régler correctement.

Se passer de l’humain pour conduire, à quand ? Est-on loin du but ?

Nous ne sommes pas loin du but puisque déjà Google fait conduire des aveugles grâce à une voiture autonome ! C’est déjà effectif. Se passer de l’humain je ne sais pas, le libérer oui. Ce n’est pas de la science-fiction, mais il faut une maitrise technologique. L’imagination précède le réel comme toujours, il faut simplement que la technologie arrive pour permettre à l’imagination de se réaliser.

http://www.atlantico.fr/rdv/minute-tech/envie-faire-autre-chose-que-conduire-quand-etes-au-volant-voitures-autonomes-c-est-pour-tres-bientot-pierre-louis-desprez-2089320.html/page/0/1

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