Interview sur France Culture le 1er Juillet 2014 – Made in France, marque France, origine France : la France réussira-t-elle a transcender son pays, sa nation, son histoire par une marque à vocation commerciale? Rien n’est moins sûr! Une marque, c’est une cohérence entre les intentions et les preuves, un système mis en place pour que l’expérience-clients soit guidée par un certain nombre de valeurs.

Que la France soit une terre de mythes, de grands symboles, d’idéaux qui ont fait le tour de la planète est incontestable. Pour devenir une marque il lui faudrait mettre en oeuvre une relation-client à laquelle elle est viscéralement opposée. De ce point de vue, le début de la Guerre des Gaules de Jules César (52 av. J.-C.) était quasi prophétique : « Quand César entra en Gaule, il y avait des factions. » 2000 ans plus tard, la situation n’a guère changé : le tempérament rebelle a créé l’exception culturelle, cette affirmation d’une différence constante. Ce qui empêche le développement de tout « standard », notamment en termes de comportement, d’accueil, de sourire, de relation à l’autre « dans le moule ». D’où il s’ensuit que les visiteurs ne tarissent pas d’éloges sur les richesses naturelles de notre pays mais se plaignent de notre manque d’ouverture, de nos attitudes arrogantes, de notre sentiment de supériorité. Pas terrible dans la relation aux autres…. Incarner une marque c’est être  au service de…. Nous n’y sommes pas ! et de loin! Il est d’ailleurs symptomatique que le made in France ait été défendu par le moins « aligné » des Ministres, Arnaud Montebourg.

Quant aux preuves opérationnelles de la marque France, elles sont à la fois « globales » et « différentes » (le luxe, la gastronomie, l’ingénierie etc.), comme si partout ou presque nous répugnions à délivrer des standards à destination des marchés de « masse ». C’est pourtant là, dans ce mass market, que les marques pays peuvent s’exprimer, et trouver une audience mondiale : la voiture pour l’Allemagne, la consommation mass-market des Américains, les produits industriels de l’Asie etc.

Si marque France il y a, elle est à peine balbutiante : il faudra au préalable faire le deuil de notre complexe de supériorité monarchique… et en finir avec les références omniprésentes à Colbert, Versailles et les arts manuels du XVIIè siècle. Les marques-pays regardent plus devant que dans le rétroviseur : fières de leur passé, certes, mais surtout ambitieuses pour l’avenir.

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-influence-francaise-a-l%E2%80%99etranger-les-nouveaux-defis-de-la-diplomatie-24-influ

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*
Website