Article paru dans le magazine « TANK » – Eté 2014 

Les affaires de dopage à répétition lors du Tour de France finiront-elles par décrédibiliser cette compétition, sa réputation et son pouvoir d’attraction sur les sponsors et le public ? Si on en juge par la croissance de l’audience (le Tour reste le premier événement planétaire en termes de couverture média après la finale de la Coupe du monde de football), les 12 millions de supporters qui se pressent sur le bord des routes et le poids grandissant du sponsoring des marques (37 marques présentes dans la caravane), la marque Tour de France ne cesse de se renforcer. La participation de coureurs de nouvelles nationalités (biélorusses, baltes, australiens, asiatiques, etc.) témoigne d’un désir mondial de participation : la marque «Tour de France est une vitrine représentative de la mondialisation de chaque époque. Comment expliquer ce pouvoir d’attraction ininterrompu? 

TOUR DE FRANCE PLD

Le Tour de France, né en 1903 sur l’idée d’un titre de presse écrite (l’Auto), appartient à la catégorie des marques soutenues dès leur apparition par une forte médiatisation. Comme ont pu l’être Disney, Roland-Garros ou le Festival de Cannes. Le produit (la course) a tout de suite été géré comme une marque, c’est-à-dire un événement hors du commun. Trois raisons expliquent, depuis, la force grandissante de la marque : l’ancienneté de la course (une pérennité supérieure au siècle est suffisamment rare pour être soulignée), son rituel dramaturgique (une compétition très ritualisée qui dure trois semaines, chaque année à la même période, et se termine toujours sur les Champs-Élysées), sa dimension mythique (des champions qui, tels des héros mythologiques, s’affrontent sur plusieurs milliers de kilomètres à une vitesse horaire moyenne incroyable). L’événement se répète année après année sur la base d’un ressort archaïque, la rivalité – compétition individuelle (les coureurs), collective (les équipes) et nationale (les nationalités des coureurs). La marque « Tour de France » réunit ainsi tous les ingrédients pour être insubmersible. Elle appartient au patrimoine émotionnel mondial. Comment donc des affaires de dopage, même récurrentes, pourraient-elles entamer un mythe aussi puissant ?

DOPAGE VS SPECTACLE

Tout le monde sait que le dopage est une pratique courante sur la Grande Boucle comme dans les autres sports. Mais chacun préfère croire à ce qu’il voit. C’est le propre du mythe : on sait que c’est factice mais il nous plaît de croire que tout est vrai. Depuis Antoine Blondin, on connaît toutes les informations sur les substances absorbées par les coureurs et leurs stratagèmes pour échapper au contrôle positif. L’ancien médecin du Tour, Jean-Pierre de Mondenard, a tout dit sur le dopage dans le cyclisme et tous les sports, mais on préfère suivre son cœur quand un héros passe le grand plateau pendant l’ascension du Ventoux et s’échappe dans une portion de route à 23 %. Voilà pourquoi « Tour de France » est une marque légendaire : rationnelle et fortement émotionnelle, addition de stratégies sur papier et de surprises dignes du théâtre antique. L’inattendu l’emporte sur la raison l’espace de quelques semaines, nous vivons par procuration une vie de héros.

UNE TRAGÉDIE SUR DEUX-ROUES

Les dieux du bitume ont beau consommer un dangereux nectar fabriqué par des apprentis sorciers, peu importe tant qu’ils continuent à nous étonner et nous fassent partager leur ivresse. Une vraie légende doit même détruire régulièrement ses propres héros, sinon on en resterait au stade des simples humains, si banals… L’attractivité de la marque « Tour de France » passe aussi par cette réputation tragique et sulfureuse. Armstrong restera dans les tablettes du Tour, même si le gendarme l’a rattrapé plus de dix ans après ses exploits. Finalement, « Tour de  France » est peut-être la marque qui représente le mieux notre besoin collectif de dopage émotionnel : la marque nous fait revivre le vélo de l’enfance et de l’adolescence, lorsque nous nous rêvions déjà grands, débarrassés des familles. Bref, invincibles.

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Petits cycles de bonheur : hymne à la petite reine

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Chacun cultive, en son for intérieur, une relation particulière à la bicyclette. Hérité de la petite enfance, acquis dans l’âpreté des cols pyrénéens ou au détour d’un chemin de traverse, le vélo (pour les intimes) semble avoir le pouvoir, à l’instar de la madeleine, de faire remonter à la surface des petits moments de bonheurs intimes. Au travers de ce livre, Pierre-Louis Desprez, nous invite au voyage au rythme du deux-roues, entre errance et endurance, sur les traces d’Albert Londres ou d’Antoine Blondin, de Zola ou de Freud, de Proust ou de Morand, qui avaient tous leur point de vue sur les vertus de la petite reine… Petits cycles de bonheur, Éditions Arléa, 2007

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